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"DROIT À L'AIDE À MOURIR"

 

Chers frères et sœurs de la Communauté Chrétienne Protestante Évangélique de Montreuil (CCPE Montreuil).
Le 15 juillet prochain, l'Assemblée nationale se prononcera définitivement sur une proposition de loi créant un « droit à l'aide à mourir ».
Quelle que soit l'issue de ce vote, notre regard anthropologique sur la vie, la souffrance et la dignité de chaque personne est en train de changer. Ce moment nous touche comme Église, comme croyants, comme êtres humains et nous oblige à examiner notre propre approche de cette question. C’est une approche complexe, difficile, douloureuse, en particulier lorsque nous sommes confrontés à des cas singuliers. Mais l'exception ne doit jamais devenir la règle : ce n'est pas parce qu'une réponse nous échappe face à des situations limites qu'il faut banaliser, ou généraliser, un acte qui consiste à donner la mort.
Le mot « aide à mourir » est un mot doux, presque apaisant. Mais il recouvre une réalité plus large que l'accompagnement : dans certains cas, ce texte permettrait qu'un médecin ou un infirmier administre lui-même la substance qui donne la mort, lorsque la personne ne peut le faire seule. Ce n'est donc pas l’acte de soulager une douleur au risque d'abréger la vie, c'est, dans certaines situations, provoquer intentionnellement la mort. Un serment vieux de vingt-cinq siècles, qui engageait le médecin à soigner sans jamais tuer, semble aujourd'hui vaciller.
Cette distinction n'est pas un détail technique. Elle touche à ce que nous croyons sur la vie elle-même : est-elle un bien que nous recevons ou une propriété dont nous disposons souverainement ?
Pour le croyant que je suis, l'Écriture me rappelle que la vie appartient à Dieu et que la dignité d'une personne ne dépend jamais de sa force, de son autonomie ou de son utilité. En effet, je crois que tout individu porte l'image de Dieu, quelle que soit la diminution de son corps ou de son esprit.
Par ailleurs, l'Écriture ne nous cache rien non plus de la tentation de vouloir mourir. Élie, épuisé, demande à Dieu de prendre son âme. Job maudit le jour de sa naissance. Jonas préfère la mort à la vie. Dans chacun de ces récits, Dieu ne répond jamais à la demande de mort par la mort. Il répond par sa présence, par le repos, par la nourriture, par une parole qui relève.
C'est peut-être là le cœur de ce que nous avons à offrir en ce moment : non pas des certitudes assénées, mais une présence qui ne se dérobe pas devant la souffrance.
Beaucoup parmi nous ont accompagné, ou accompagnent encore aujourd'hui, un proche ou des amis en fin de vie. Certains d'entre vous portent peut-être eux-mêmes une maladie grave, une douleur qui use, une fatigue de vivre. Rien de ce que je viens d'écrire n'a pour but de juger ceux qui, à bout de forces, ont pu désirer que tout s'arrête. Cette détresse est réelle, elle mérite d'être entendue avec tendresse et non avec des arguments.
Moi-même, j’ai fait l’expérience de cette réalité il n’y a pas encore si longtemps, faisant face à une tragédie personnelle et à une maladie incurable.
Non, il ne s’agit pas d’ignorer la complexité du cours et du sens de la vie.
Ce que je crois que nous devons refuser, c'est l'idée que la réponse à la souffrance puisse être de supprimer celui qui souffre plutôt que de rester à ses côtés pour combattre ce qui le fait souffrir. La vraie compassion, celle à laquelle l'Évangile nous appelle, « porte les fardeaux les uns des autres » (Galates 6.2) ; elle ne les fait pas disparaître en faisant disparaître celui qui les porte.
Je nous invite aussi à une humilité particulière : ce que la loi rend possible n'est pas toujours ce que nous, comme Église, devons pratiquer ou même approuver intérieurement, même si notre désaccord ne doit jamais devenir mépris pour ceux qui pensent autrement, ni pour ceux qui, dans leur propre chair, ont pu être tentés par cette demande.
C’est ainsi que je vous propose de porter dans la prière, jusqu'au 15 juillet et au-delà :
- Ceux qui votent cette loi, pour qu'ils mesurent la portée de leur décision.
- Les malades et les personnes en fin de vie, pour qu'ils ne se sentent jamais comme un poids pour leur famille ou la société, mais toujours aimés et accompagnés.
- Les soignants, en particulier ceux des soins palliatifs, pour qu'ils reçoivent les moyens humains et financiers de soulager sans jamais avoir à donner la mort.
- Les familles qui portent aujourd'hui le poids d'un accompagnement difficile, pour qu'elles trouvent du soutien et ne se sentent pas seules.
- Notre société tout entière, pour qu'elle continue de choisir de prendre soin des plus faibles.
Et pour nous-mêmes, chers amis, prions pour avoir la force d'être, très concrètement, cette présence qui ne s'enfuit pas devant la souffrance de l'autre : par une visite, un appel, une main tendue, une écoute sans jugement.
C'est peut-être la réponse la plus juste que nous puissions apporter à ce débat : non pas seulement une position, mais une pratique fidèle de l'accompagnement.
Que le Seigneur nous garde proches de ceux qui souffrent, et qu'il nous donne, à tous, l'espérance qui ne déçoit pas.
Fraternellement,

Samuel da Rocha Rodrigues

 

 

CCPE - 31, rue de la République 93100 MONTREUIL
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